Un mini-Trump va revenir au pouvoir en Europe et personne n’en parle !
Pendant que l’Europe se réjouissait de la défaite d’Orban en Hongrie, un sosie s’apprête à revenir au pouvoir en Slovénie : Janez Janša. Quelques jours après les élections générales, j’ai rencontré nos alliés de Levica, Parti de gauche de rupture à la tête de trois ministères dans le gouvernement sortant, et à qui l’on doit de nombreuses avancées sociales de ces dernières années !
Un mini-Trump va revenir au pouvoir en Europe et personne n’en parle !
Pendant que l’Europe se réjouissait de la défaite d’Orban en Hongrie, un sosie s’apprête à revenir au pouvoir en Slovénie : Janez Janša. Quelques jours après les élections générales, j’ai rencontré nos alliés de Levica, Parti de gauche de rupture à la tête de trois ministères dans le gouvernement sortant, et à qui l’on doit de nombreuses avancées sociales de ces dernières années : création d’un ministère du « futur solidaire » avec la construction de milliers de logements sociaux publics, hausse historique du salaire minimum de plus de 50%, instauration d’une prime de fin d’année obligatoire pour les salariés, reconnaissance de l’Etat de Palestine (le drapeau flotte d’ailleurs à l’entrée du Parlement)…

Mais les élections ne sont pas vraiment passées comme prévu. Entre ingérences étrangères et manipulation de l’opinion par des grandes entreprises en passant par le surgissement d’un mouvement complotiste, cette élection est un rappel amer que nous ne bataillons pas à armes égales et qu’il faut nous tenir prêt à toutes les éventualités.
La campagne a d’abord été marquée par le scandale «du « Black Cube ». Société israélienne de renseignement privé, Black Cube aurait orchestré une campagne active de diffusion de vidéos - des enregistrements clandestins pour la plupart, visant à accuser le camp au pouvoir de corruption. Redoutablement efficace pour décrédibiliser le gouvernement. Des méthodes qui nous rappellent celles utilisées par l’entreprise Elnet contre nos candidats François Piquemal ou Sébastien Delogu aux élections municipales.
Mais cela ne s’arrête pas là. La veille du scrutin alors que - comme en France, le silence électoral est imposé, l’entreprise pétrolière principale Petrol organise une pénurie de carburant dans le pays. Nous sommes en plein conflit dans le détroit d’Ormuz, et alors que les prix de l’essence explosent partout dans le monde, les slovènes bénéficient d’un prix fixé par l’Etat, les protégeant d’une hausse soudaine du prix. La crise est volontairement provoquée par l’entreprise pétrolière, qui dépose par ailleurs de stocks stratégiques largement suffisants pour répondre aux besoins. Détenue partiellement par un groupe financier et propriété du milliardaire Patrick Tkac, l’objectif de la manœuvre est clair : créer un effet de panique, imputable au gouvernement. Et Espérer le retour de Janez Janša au gouvernement qui entre autre chose a promis de déréguler le prix du carburant.
Et cerise sur le gâteau : l’émergence du candidat Zoran Stevanofic, incarnant un mélange de masculinisme (faisant l'éloge de la musculation comme accomplissement des hommes), de réthorique anti LGBT (qu'il qualifie de "lobby") et anti-féministe (défendant une politique nataliste à tout prix). Le type de profile qui émerge en Europe dans la foulée de Trump aux États-Unis et qui a pris la gauche de court.
Son parti récolte 6 postes de députés sur les 90 que compte le Parlement : pas une énorme percée mais suffisant pour se poser en faiseur de rois face aux résultats serrés entre les libéraux et la droite extrémisée de Janska, il se fait élire président du Parlement.
Dans uns société slovène plus que jamais divisée, avec le coup de pouces d'ingérences étrangères et de capitalistes en soif de profits, Janez Janša tire alors son épingle du jeu. En arrivant pourtant 2ème à un siège d'écart des libéraux, il se pose en unique recours grâce à ses alliances avec ces petits partis dont celui de Stevanovic. Et s'apprête à reprendre le pouvoir pour la 4eme fois, 4 ans après avoir perdu.
Nous voilà prévenus : il ne suffit pas de mener des politiques de transformation sociale, les forces coloniales et les forces de l’argent ne désarment jamais. Elles utiliseront tous les outils à leurs dispositions pour arriver à leurs fins. Ici Janša est leur meilleur allié : s’attaquant aux juges, médias et ONG, multipliant les tweets insultants, il est un parfait disciple de Trump.
Qui pourra à n'en pas douter compter sur lui pour être son relais en Europe depuis la défaite d'Orban.
Dans ce paysage très contrasté, demeure néanmoins une source d'espoir : la société civile en Slovénie reste extrêmement active. C'est de la dont est partie l'initiative citoyenne européenne My Voice My Choice, qui est parvenue à collecter plus d'un million de signatures et obtenir un outil de garantie du droit à l'avortement en Europe.

L'idée a germé dans l'équipe de l'institut du 8 mars, incroyable équipe d'activistes animée par Nika Kovac, que j'ai le plaisir de retrouver à Llubjana. Sans leur créativité et leur détermination, jamais cette campagne n’aurait obtenu un tel succès, ouvrant la voie à nombreuses autres initiatives citoyennes dont celle que nous avons initiée pour suspendre l’accord d’association UE - Israël. Ensemble, nous planifions les prochaines étapes avec pour objectif d’obtenir le même impact. Elles en sont convaincues : les mobilisations sociales vont redoubler de vigueur dans les prochaines années en Slovénie. C’est l’histoire même de ce petit pays qui n’a acquis son indépendance qu’en 1991 et a connu une succession de forces impérialistes. Résister, toujours. Pour mieux rebondir.
Mais nous voilà prévenus : même quand les conditions peuvent être favorables, la droite extrêmisée utilisera tous les outils possibles pour retrouver le pouvoir.